Ce qui advient

Quimper qui laissa échapper en 1971 les facs vers Brest, de peur qu’il y ait des jeunes et que ça fasse du bruit, ferme cette semaine un centre d’art contemporain consacré aux artistes encore vivants, ouvert dans les années 90.
Décidément on aime beaucoup les traditions ici et rien n’est destiné à changer aux pays des nuages qui pleuvent sur de vieux cailloux . La seule modernité tolérée est celle de porcheries industrielles polluantes qui nous obligent à nager dans de la salade.

CE QUI ADVIENT
Antonio Gramsci
Pourquoi je hais l’indifférence p.56

Ce qui advient, n’advient pas tant parce que quelques uns veulent que cela advienne, mais parce que la masse des hommes abdique sa volonté, laisse faire, laisse s’amasser les nœuds que seule une épée pourra ensuite trancher, laisse promulguer les lois que seule une révolte pourra ensuite abroger, laisse arriver au pouvoir les hommes que seule une mutinerie pourra ensuite renverser.
En réalité, la fatalité qui semble dominer l’histoire n’est rien d’autre que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des fait mûrissent dans l’ombre, quelques mains, qui échappent à tout contrôle, tissent la toile de la vie collective et la masse l’ignore parce qu’elle  ne s’en soucie pas. Les destins d’une époque se trouvent ainsi manipulés en fonction des visions étroites, des objectifs immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petites groupes actifs, et la masse l’ignore parce qu’elle ne s’en soucie pas. Mais les faits qui ont mûri finissent par se déclarer; mais la toile tissée dans l’ombre est enfin achevée; et alors il semble que la fatalité emporte les choses et les hommes, il semble que l’histoire ne soit qu’un énorme phénomène naturel, une éruption, un tremblement de terre, duquel tous sont victimes, ceux qui l’ont voulu et ceux qui ne l’ont pas voulu, ceux qui savaient et ceux qui ne savaient pas, ceux qui avaient une part active et ceux qui étaient indifférents. Et ces derniers se fâchent, voudraient échapper aux conséquences, ils voudraient qu’il soit clair que non, ils ne voulaient pas cela, que non, ils ne sont pas responsables. Certains se mettent à pleurnicher de manière pathétique, d’autres blasphèment de manière obscène, mais rares sont ceux qui se demandent: et si moi j’avais fait mon devoir, si j’avais tenté de faire valoir ma volonté, mon avis, est-ce que ce qui s’est passé se serait passé? Pourtant ils sont rares ceux qui se reprochent leur indifférence, leur septicisme, et plus rares encore ceux qui regrettent de ne pas avoir prêté leurs bras et leur activité à ces groupes de citoyens qui ont combattu et se sont proposé de procurer tel ou tel bien, précisement pour éviter ce mal.
La plupart d’entre eux, au contraire, une fois que les événements ont eu lieu, préfèrent parler d’échecs idéaux, de programmes qui se sont effondrés de manière définitive, et autres aménités.

Budgets

Olympia de Edouard Manet , 1863, Édouard Manet Wikimedia Commons
Olympia de Edouard Manet , 1863, [Public domain] via Wikimedia Commons
“La peinture de nus provoque encore dans la fraction la moins cultivée du public des réactions scandalisées du type de celles que Manet avait recueillies. Et, au même titre que la peinture d’objets insignifiants, la photographie d’un tas de galets suscite la même indignation: “Ils ont de la pellicule à dépenser, du temps à perdre…” C’est pourquoi le populisme (…) peut se faire plébisciter immédiatement. Si vous dites: “Comment peut-on gaspiller l’argent de l’Etat pour photographier des galets?”, vous êtes sûr d’avoir le peuple avec vous, ce qui ne veut pas dire que vous ayez raison, ni esthétiquement ni politiquement.”

Pierre Bourdieu, "La révolution symbolique", p.73, Seuil, 2013

Bonjour au revoir galerie du Sallé

Galerie du Sallé

La Galerie du Sallé à Quimper, fermée depuis 1994, faisait en septembre 2015 une dernière exposition avant disparition, avec des artistes ayant marqué son histoire: Y.Picquet, D.Jézéquel, S.Girard, G.Le Berre et D.Cordeau. A la rubrique « people »: Camille Girard disait « y avoir passé son enfance« .
Car durant 22 ans la Galerie du Sallé avait enchaîné des expositions variées sous la houlette de Gwenaël Le Berre, participant localement, aux côté de la Galerie Saluden et d’Artem, d’une « scène régionale« . A cette époque cela signifiait montrer des tas d’artistes d’ici et aussi d’ailleurs, parfois de très loin.

 

Katrin Korfmann dans les sucettes

Katrin Korfman
Katrin Korfman

Intrigué, depuis son apparition dans le paysage, par le visuel de la saison 2015-2016 de la Scène nationale locale, une image  aperçue d’abord dans une sucette Decaux, depuis un deux-roues, dans le traffic, et dont la densité, rare, m’interpellait tout en me laissant incapable d’identifier de quoi il s’agissait…  je me suis un peu renseigné. C’est une photo de Katrin Korfmann, qui développe une oeuvre sur ce thème: une humanité générique vue de dessus dans son espace, cadrée comme le serait un matériau, une substance. Et en train de se livrer à différents rituels culturels, ludiques ou carnavalesques, comme des amibes sous un microscope. Le rapport d’échelle de ces images est d’une efficacité et d’une précision étonnantes. Prenant le contrepied des codes habituels de la réclame, cette image qui se joue de la lecture de l’image, sera parvenue à s’installer pour un bon moment dans ma conscience. Pas mal pour de la com’! Mais pour cela, il faut de l’intelligence, et, tiens! justement, comme on se demandait à quoi ça sert… de l’art.

Sur le site de Katrin Korfmann on peut zoomer dans les images haute résolution pour en voir les détails. Épatant !

http://www.katrinkorfmann.com/werk/109-201-en

 

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