impulsions #

imPULSions #2 a eu lieu le Vendredi 8 Novembre 2013 à la MJC de Kerfeunteun, à Quimper. Patrick TALOUARN et Hélène SCOAZEC devaient improviser en dessin, ensemble, sur un support de 3m x 1,5m, sans répétition ni arrangement préalable. Didier TALLEC improvisait en musique avec instrument et ordinateur. Robert JOUBIN, qui signait la mise en scène, lut des extraits des « Rencontres avec Bram Van Velde » de Charles JULIET, ce texte balisant l’action en cours. Sniéjana COLAS (photo) et Renaud MARTINEZ (video) étaient conviés à documenter en toute liberté la performance.

imPULSions #, sur un concept de Robert JOUBIN, avait le potentiel d’une série faisant se rencontrer des artistes de différents horizons dans une situation unique. Après le N°1 en 2011, le N° 2 a eu lieu en 2013.!

Voir le site de imPULSion #

impulsions#2 plan
impulsions#2 plan
Hélène Scoazec † durant impulsions #2
Hélène Scoazec † durant impulsions #2

Reynald Drouhin: les aventures d’un aérolithe dans la représentation

(J’ai commencé une réponse aux commentaires publics des images de R.Drouhin sur Fubiz.net. Mais comme cela devenait un peu long pour figurer en tant que commentaire, voici ici 🙂

Reynald Drouhin, Landscapes with geometric fragments, 2013
Reynald Drouhin, Landscapes with geometric fragments, 2013

Bon. Une forme est découpée et retournée dans l’image. Cette forme est un volume représenté en isométrie, ou axonométrie, un type de perspective abstrait plus utilisé par les architectes et designers que par les photographes. Dans cette perspective isométrique, l’objet est représenté d’une manière qu’on ne peut jamais voir en réalité…
Les photographes travaillent naturellement dans la perspective de l’espace naturel, avec un horizon, dont on remarquera qu’il est toujours visible dans la série de photos. Il y a donc la confrontation de deux langages différents dans la même image
1) l’isométrie du dessin d’archi ou industriel, langage de description non réaliste
2) la perspective de l’espace réel et son horizon toujours visible, qui correspond à la manière dont on voit en tant qu’humains. S’il y avait des routes et des grands volumes, leurs lignes de fuite iraient vers cet horizon, nous permettant de nous situer dans l’espace (loin de l’horizon, en l’occurrence).
Si on regarde bien cette différence de langages, on sent la friction entre un espace réaliste et un volume abstrait.
C’est ainsi que, si la manipulation n’est pas nouvelle après un siècle d’histoire du collage, elle prend ici un sens supplémentaire.

RD choisit des paysages sans trop de point de fuite visible (à part un peu dans le pont, mais le point de fuite est hors de la photo), avec des réflexions dans l’eau, où la couleur et la lumière se déploient, comme sur une surface (celle de l’écran de cinéma, celle du tableau de pinture de paysage). Il choisit des cadrages qui ont tendance (visuellement) à s’aplatir, bien qu’on sache (intellectuellement) que c’est profond jusqu’à l’horizon : reflets etc.
Je rattache cela évidemment à l’histoire de l’art via l’histoire de la peinture et celle de la représentation de l’espace. La perspective à points de fuite a dominé l’art occidental pendant toute la renaissance, en tant qu’équivalent intellectuellement réaliste de la vision. L’invention de l’appareil photo est venue automatiser une représentation qui auparavant devait être dessinée. En exagérant un peu, disons que la photo était inventée depuis longtemps dans la peinture, bien avant qu’on soit capable de fabriquer une machine capable de faire de véritables photos.
En plus l’histoire de la perspective est contemporaine des grandes conquêtes réelles de l’espace géographique par l’occident chrétien, qui aboutissent pêle-mêle à la conquête de nouveaux territoire, l’assujettissement des peuples autochtones, le commerce triangulaire, le colonialisme, etc. Ni Byzance, ni le Moyen-orient ni l’Asie, ni l’Amérique conquise, ni les esquimaux, ni, ni, n’ont eu besoin d’inventer un espace « réaliste » à points de fuite comme les peintres occidentaux de la Renaissance.

Aussi cette forme est-elle un objet étranger à la représentation de paysage, de par la perspective utilisée, et c’est la première idée, visuelle, de RD, premier constat sur lequel on peut s’accorder. Ce n’est pas une question d’opinion, c’est un fait.
C’est un autre fait que cette forme est pourtant revêtue de la lumière et des couleurs du paysage, puisque c’est un simple morceau découpé dans la photo, inversé. Là est la surprise et l’intérêt de l’opération. L’aspect très réaliste qu’a par nature la photographie (tant qu’on généralise bien entendu), est perturbé, nié, parasité, mais aussi complété peut-être, par une forme telle qu’on ne peut jamais la voir réellement (mais on peut la penser, et la dessiner ainsi), pourtant revêtue des couleurs sensibles de la réalité. C’est le 2e constat sur lequel on peut s’accorder, objectivement.

Cette forme est vraiment étrangère à la scène dans laquelle elle est, tiens tiens…
On oublie difficilement une fois qu’on l’a vu un monolithe aussi parfait que le monolithe étranger du film de science-fiction « 2001 l’Odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick, sorti en 1968. Dans le film nos ancêtres les singes passent la journée à se gratter, jusqu’à ce que s’installe dans le quartier un monolithe immobile, lisse, noir, vertical. Il semble ne servir à rien et le temps continue à passer, jusqu’à ce qu’un des singes ait l’idée de prendre un os pour taper sur un congénère: invention de l’outil, multiplication de la force, le film passe en un raccourci formidable de l’outil os à l’outil vaisseau spatial. Après quelques centaines de milliers d’années d’évolution aboutissant au voyage dans l’espace proche, un nouveau monolithe est détecté… enterré sous la surface de la lune. Le monolithe est une sorte de guide, de flèche venant indiquer quelque chose aux humains à des moments clefs. On n’oublie pas cette parfaite sculpture minimaliste, énigmatique, incassable et impénétrable, quand on a vu le film (un des chefs d’oeuvre du cinema).
C’est un cousin de ce monolithe qui est ici dans le paysage, mais pas avec son revêtement type pierre tombale au traitement industriel, cette fois avec d’autres habits, sortant d’un autre film de science-fiction kitsch beaucoup moins remarquable, « alien vs. prédator » (!) ou le méchant sait se rendre invisible en reflétant… les couleurs et les lumières qui l’entourent. Seul son déplacement trahit sa présence.

Assez vieux pour être à peine monté sur un skate, n’éprouvant donc aucune nostalgie vis-à-vis de cet objet ; mais pas assez pour avoir vu « 2001 » à sa sortir en salle 😉 je remarque que c’est le même traitement, celui d’une meta forme, d’une forme comme principe, peut-être d’un symbole, qui est appliqué, d’une part à un objet typique d’une société oisive de la fin du XXe siècle, et d’autre part à l’objet le plus rapidement réaliste que nous puissions envisager en matière de représentation du réel, la photographie.

 

 

Op.cit

opcit from pol guezennec on Vimeo.

Quelques minutes video du principe de fonctionnement du programme Op.cit, petit florilège de fragments littéraires collectés au fil du temps . Les images sont floues à cause de la compression video. Copies d’écran pour la qualité d’image, ici.
Contenus consultables sous forme de base de données ici

Pouêmes : « A l’oeil », 1999, reloaded

Pol Guezennec – Pouêmes – « A l’œil », 1999
Xtranormal, le site qui proposait de faire lire un texte par un robot en 3D, a fermé (il espérait commercialiser cette formule, notamment auprès des enseignants, les profs faisant alors interpréter le texte du cours par une créature virtuelle à la diction beaucoup moins inventive, quel que soit le cas de figure). C’est la dure loi de la jungle économique.
Exit l’interprétation appliquée et assez scolaire de mes « pouêmes », Flûte de Zut! alors…
A défaut, autres variations sur la même matière sur pouêmes, 1997-20…
by: polguezennec

Marin de Viry : une définition

Marin de Viry, 15 Juillet 2011, Le Monde.

(…) Ensuite, le hasard. Nous ne sommes pas à l’abri d’une bonne surprise, car un athlète peut surgir et fabriquer de la culture, c’est-à-dire une forme persistante dans un maximum d’esprits. Il lui faudra se placer à l’intersection d’une croix avec une feuille de route assez simple : sur l’axe vertical, embrasser le passé et l’avenir les plus lointains possibles. Sur l’axe horizontal, toucher le maximum de contemporains. Les grandes croix rentrent dans le trésor de la tradition, lequel est patrimoine national et n’a pas d’étiquette sociale. Molière, merci de vous manifester.

 

Philippe Dagen : T-shirt Monet

T-shirt Monet sur artprintclothing.com
T-shirt Monet sur artprintclothing.com

Quelques lignes qui réveillent, de Ph.Dagen dans « La haine de l’art« .

… Il y a sur les circuits des tour-operators, le jardin de Giverny, comme il y eut le Moulin-Rouge et Montmartre. La concurrence et les intérêts économiques des communes et des départements poussant à la multiplication de tels cultes, il y a désormais Auvers-sur-Oise, l’itinéraire Van Gogh à Arles, les stations du chemin de croix cézannien à Aix-en-Provence . On y achète des images pieuses —cartes postales, catalogues, posters, CD-roms—, les vêtements sacerdotaux —teeshirts et foulards—,le vin de la nouvelle messe —la cuvée Pissarro ou le rosé Cézanne— et les burettes —des poteries à l’ancienne. On y expie en masse l’injustice commise jadis contre ces pionniers, ces explorateurs, ces conquérants . On y compatit au martyre de Van Gogh — une oreille, deux balles . D’honnêtes fidèles rentrent ensuite chez eux assurés d’avoir accompli une bonne action quand ils n’ont fait qu’obéir à l’ordre de la consommation qui leur enjoint de se vouer à la commémoration de ce qui fut au dédain de ce qui est . Car ces bonnes gens, ces admirateurs dociles n’ont pas un regard et seulement des sarcasmes pour ceux de leurs contemporains qui sont, peut-être, les « pionniers » et les « explorateurs » de maintenant — qu’ils maltraitent autant que leurs aïeux, qu’ils méprisent désormais, ont maltraité les impressionnistes qu’ils vénèrent aujourd’hui à l’aveuglette. Il faut qu’ils continuent à ne rien savoir, et à absorber de la culture — ladite culture étant le meilleur antidote contre l’effet énervant de l’art, puisqu’elle en est le résidu, par réification et fétichisation. Rien ne préserve mieux la paix civile que la consommation culturelle, qui favorise l’unanimité, divertit et, mérite supplémentaire, désamorce ce qui pourrait demeurer de puissance explosive dans les œuvres d’autrefois tout en détournant le regard des œuvres contemporaines, beaucoup trop révélatrices pour qu’il soit prudent de les laisser circuler librement. En ce sens, la manière dont la société a absorbé l’“affaire“ Van Gogh et l’a retournée à son profit mérite une admiration terrifiée. le “suicidé de la société“, le subversif, a été roulé dans la compassion universelle, sa vie mise en scène en spectacles émouvants, et ses tableaux changés en gros chèques, privés de tout autre sens que leur valeur financière — condamnés au mutisme par conséquent. Pour assurer l’efficacité de l’opération, le choix s’est porté — par hasard ? — sur des toiles parmi les moins inquiétantes, des iris, des tournesols, des tableaux qui peuvent passer pour gentiment jolis, donc anodins, donc acceptables . Lire Artaud ? Pour quoi faire quand il suffit pour manifester sa dévotion d’un tee-shirt avec la Nuit étoilée dans le dos ? Si l’opération de décervelage et démagnétisation a réussi sur Van Gogh en dépit de sa violence, elle ne peut que fonctionner à merveille, au moindre effort, sur Monet, Pissaro, et Renoir, si aimables, si policés. Même avec Cézanne, ça peut marcher, à condition d’oser, toute honte avalée, le grimer en personnage de Marcel Pagnol.

…Ainsi, à titre posthume, contre ce qu’ils furent, contre ce que leurs œuvres s’obstinent à affirmer dans le silence compassé de musées où, de toute façon, elles sont considérées comme de saintes icônes, les impressionnistes et assimilés sont-ils devenus, en matière d’arts visuels, et au même titre que la télévision et le cinéma de consommation courante, les garants de l’ordre public. Répétons l’évidence : ce que l’on nomme désormais « culture » relève à la fois de la diversion et du maintien de l’ordre. Rien d’étonnant donc à ce qu’en France, à travers la fétichisation et la consommation de l’Impressionnisme, elle ait partie liée avec le conservatisme, le nationalisme, le traditionalisme — en un mot avec le patrimonial, notion-clé de ce système.