X-00, ActionRéseauxNumériques 16 >19 mars 00 Lorient
http://x-arn.org/x-00/ présente le programme de la manifestation
mais vous avez déjà dù en profiter.
On pouvait aussi suivre la progression des ateliers et évènements en direct à http://x-arn.org/x-00/00/

X-00, C'EST COOL

X-00 c'est la deuxième édition des rencontres annuelles de l'internet organisées par l'association ARN, sise dans un ancien blockhaus près de la gare, au 13 rue de Beauvais. Derrière l'image-réseau assez impressionnante (enfin, pour moi) de ARN il y a 4 personnes et un fort engagement. Ce qui les y aide : une structure associative qui s'est donné pour mission une bonne présence sur le réseau, donc une "veille", comme on dit dans les PME, efficace. Tout au long de l'année elle propose des formations au réseau vers le grand public. à la mi-mars elle avait rassemblé un plateau d'acteurs de l'internet artistique en france.
Une interface disponible, celle qui donnait réalité à l'évènement pour le regardeur moyen du web, était pourvue des les accessoires nécessaires pour entrer directement dans le jeu: chat, webcam etc. Encore fallait-il savoir s'en servir : j'ai pas mal appris.

La thématique "local-global" propose de questionner a la fois les pratiques individuelles créatives sur internet et le lien possible avec un lieu donné, exemple Lorient. l'évènement a lieu en ligne et à Lorient, en même temps.

Les différents projets des invités répondent à leur manière à la question,
certains déjà structurés pour accueillir au sens large toutes sortes de collaborations,
ici ou ailleurs, peu importe, d'autres faisant un effort d'animation sur le terrain.

La réponse d'un public "extérieur" n'est pas énorme, la presse locale, occupée à traire les maronniers, n'ayant pas jugé interessant de couvrir la chose...comme d'hab'.
Les relations inter participants n'en sont que plus faciles, chacun étant assez disponible.

Le soir, les "online meetings" permettent de prendre connaissance des pratiques possibles, en faisant se rencontrer des gens présents à lorient et ensemble dans les locaux d'ARN, et d'autres n'importe où ailleurs sur le réseau. durant 3 jours se succèdent des "ateliers", conférences ou performances qui vont permettre d'utiliser les outils reseau dans un contexte ludique et/ou amusant et/ou interessant et/ou qui donne à penser :

le "cam&chat" de Patrick Bernier et Olive Martin qui permet au moyen de l'IRC*, de contribuer en temps réel, c-a-d tout de suite, à un texte collectif qui s'affiche en continu dans une première fenêtre;
le texte est lu par Olive à une équipe de "e-comediens" qui l'interprètent en direct
et en temps réel c-a-d tout de suite . Ils sont visibles, pour les "auteurs" du texte, via une camera à rafraîchissement pas très rapide, sur l'écran, dans une 2e fenêtre
(exercice pas facile où Jean-Sol Partre eût sans doute brillé).

* Internet Relay Chat permet de "discuter " en tapant sur le clavier une phrase à un interlocuteur, elle lui arrive tout de suite et l'on voit sa réponse s'inscrire aussitot ; toute la conversation se développe et est lisible. On peut aussi le faire à 10, et tous les échanges de propos apparaissent sur l'écran ; ce qui demande un peu d'entrainement. imaginez Mademoiselle Erika prenant en sténo une conversation de fin de banquet!

Pas sûr que l'Académie Française valide dans un avenir proche les résultats de l'exercice, mais en attendant, on se marre bien, et les interventions de quelque spectateur en chair et en os viennent encore ajouter à la situation.
Le tout écrit rien moins que la cacophonie ambiante du réel, urbain, ou familial par exemple, quand dans le même espace/temps une de mes filles écoute de la musique
tout en parlant au téléphone avec ses copines qui sont 2 à l'autre bout de la ligne,
l'autre regarde la télé en me racontant sa journée d'école, pendant que je prends un appel téléphonique et que ma femme depuis la cuisine me rappelle que j'ai pas encore fait la vaisselle et qu'il faut la faire parce qu'elle ne pourrra pas parce que le chien se rappelle bruyamment à notre attention pour sa promenade vespérale, etc, etc.
Phénoménologie de la perception proprement contemporaine donc, pour faire culcurel, de l'interaction (ou tivité c'est plus vendeur).

CTGR quant à lui entreprend une dame à qui il va expliquer avec des feuilles de papier normales sur un tableau d'affichage ordinaire le fonctionnement d'un forum de discussion sur internet.
Si quelqu'un, je ne sais plus qui, a décrit l'ordinateur personnel comme un outil de travail héroïsé, ou fantasmé, je ne sais plus non plus, voilà une salutaire entreprise
que de tenter d'isoler le phénomène de son outil, si prenant il convient d'en convenir.

Pendant ce temps Annie Abrahams initie les volontaires à l'html de base
tout en les faisant contribuer à son site 'whishes.voeux'.

André Wollensak, en résidence à Lorient et qui présente une exposition à la Galerie Le Lieu* , confère sur son travail, à base de GPS (global positionning System, je crois) : muni de ce petit appareil guère plus gros qu'un telephone portable le quidam moyen peut désormais dessiner à l'échelle de Nazca, suivi qu'il est par 24 satellites
qui triangulent son déplacement, dans les meilleurs cas, à MOINS D'UN MÈTRE PRÈS !!!
On se sent entre James Bond et le Petit Poucet, très troublé. les balades de la demoiselle au bord de mer (Andrea Wollensak, pour ceux qui ne suivent plus),
une fois repassées avec un logiciel de 3d, deviennent des sculptures qu'il faut aller voir en vrai.

*tiens puisqu'on en cause j'ai eu le plaisir d'assister dans les années 80 à plusieurs Rencontres Photographiques de Lorient. Il y avait la meme ambiance détendue et très interessante, facilité des contacts, ouverture, entre les photographes... ben je crois que c'est quelques uns de la meme bande qui s'occupent de la Galerie Le Lieu...y a pas d'hasards, hein...

Olivier Auber, figure historique de l'art sur le net, nous convie à une petite séance de générateur poïétique. Très bon cataplasme pour les egos artistiques:
1) Maître après Dieu, on dessine ce qu'on veut (?) dans une petite fenêtre ; et on voit simultanément que cette première fenêtre n'est qu'un petit morceau d'une autre (fenêtre) bien plus grande qui inclut aussi les "zones" d'autres participants. Le travail se développe. Inutile de dire que le jeu des influences aussi, et celui des collaborations. C'est là ce qui interesse Olivier Auber: comment le groupe humain va interagir.
2) Un moment la cacoscopie règne, puis des figures émergent, des signes rapidements adoptés par l'ensemble du groupe qui développe alors un mouvement conjoint, où parfois même plusieurs "portions" et donc plusieurs dessinateurs distants collaborent . Après une phase de bordel, un ou deux formes apparaissent, sont repris et deviennent un outil pour l'ensemble des participants; en l'occurrence des personnages apparaissent sur ce qui devient rapidement une image de plage, qui n'aurait rien à envier à la peinture bretonne du début du siècle chère à notre bon Conseil Régional, avant d'être immanquablement mazoutée par l'erika...
3) Dans un geste anarchiste et antisocial l'ego le plus incurable du groupe romp cette belle paix sociale pour tout renvoyer à la soupe primordiale.

Une approche macroscopique de la scène artistique, en quelque sorte, un peu comme le biologiste de l'espèce peut regarder un conflit régional : brève gesticulation d'éphémères...et coopérations spontanées.

Frédéric Madre fera une présentation désinvolte et drôle de Pleine-Peau,
art-revue poético-libertaire (enfin c'est moi qui dit ça, pas lui, hein...) d'influence narrative-art faisant volontiers dans les interstices : du récit, de la présention, de l'html, pour des parcours où l'on se perd si l'on a une idée précise,
où l'on trouve peut-être si l'on s'y abandonne, n'est-ce pas ?

Au chapitre du happening on donnera sans conteste la palme aux trois daltons de Pavu.com .
Ils portent des casquettes blanches, et, assis dans le faisceau du videoprojecteur
qui retransmet sur le mur des images de leur travail, on y lit au hasard de leurs mouvements divers logos qui se succèdent là (sur leur casquette) comme si c'était un truc qui marche à piles.
ils crient et arrosent le public de slogans et de cadeaux promotionnels (floppy-disks, pin's à l'effigie du Gnou, valeur monétaire de pavu.com, futur étalon du Nelia, futur marché du creative-data) et tentent de démontrer dans une énorme rigolade la valeur de leur système artistico-boursier.
Aussi c'est au grand jour et dans un hilarante parodie vrai-faux ("ça n'a pas d'importance"; datamining et datadrilling sont les deux mamelles de l'ère de l'information) à la fois des conférences d'entreprises comme je les imagine à l'américaine et du bourrage de crâne du plan de 5 jours (ça sert à arrêter de fumer), parmi les vociférations et le pilonnage de slogans, repris en choeur, sans oublier les appels individuels, parce que la chance peut toujours tomber sur vous, oui vous, là ...
que dans la rigolade générale les 3 show-men développent leur argumentaire.
Tout le répertoire est là : on se passe la parole pour respirer comme dans le kan ha diskan, l'un pose la question, c'est l'autre qui répond, toutes les ficelles pour tenir un auditoire, celles qu'on voit à la télé...au service d'un propos caricatural dans la forme.

Pavu.com est une 'start-up-grade' dont le leitmotiv est la croissance
et l'objectif la cotation en bourse. Rien que de très ordinaire de nos jours, me direz-vous. Le genre gendre idéal, j'vous dis. On attendrait presque en vain une bribe de dénonciation, un zeste de jugement moral, une opposition avouée même du bout des lèvres à la mondialisation galopante, il faudra que l'un d'eux, fatigué, isolé sur le terrain à la fin du show, laissé seul par ses comparses partis à la poursuite des derniers fuyards, laisse tomber d'une voix mourante "...ecosystème...solidarité"
(enfin ça je suis pas trop bien sûr d'avoir bien entendu, j'ai peut-être pris mes désirs
pour des réalités, quand même...).
Personnellement, j'ai décidé de croire,
qu'ils veulent faire un marché boursier indépendant, reposant sur la création,
chiffrer ou valoriser celle-ci, même métaphoriquement, pour garantir la liberté d'expression contre les tentatives d'écrasement par le e-commerce dans les affaires du genre e-Toys, en stockant de l'espace-mémoire libre et éparpillé, mutualisé .
Chacun est invité à en acheter en épargnant, comble d'ironie, dans ses propres réserves d'espace-disque. Pavu fournissant l'image qui occupe cet espace
et un "compteur" pour montrer ce qu'on a acheté .
Architecture à rapprocher du projet "Rhizome" du cousin Reynald Drouhin, mais dans une esthétique plus "Start-Up-Grade" que "regretté-philosophe-français" ;-)
Pavu.com serait à la guerre de l'information alors ce que l'armoire de ma grand-mère est à la grève des camionneurs : pleine de provisions de saucisson (enfin, pas de saucisson vraiment, d'espace-disque, hein...) au cas où on viendrait à manquer.
Au train où vont les choses c'est p'têt pas con. Pas plus en tout cas que les concessions de 1 m2 de lande de Plogoff, qu'on pouvait acheter pour empêcher EDF de nous fourguer une centrale nucléaire.

Ce qui m'amène à une constante possible de nombre de ces interventions:
à part qu'elles varient, selon le background de chacun et peuvent apparaitre antagonistes dans la forme ; en réalité, presque toutes positionnent un objet, enfin, un "espèce de quelque chose" artistique, qui tient à la fois de la situation, du programme, du modèle, de l'utopie peut-être mais je l'écris doucement et ne le répétez pas parce que j'ai peur que pavu.com me colle une beigne la plupart du temps ouvert, qui tient de manière plus ou moins visible une critique et formule une contre-proposition ou une alternative.

Pour la formuler cette constante il faut encore en passer par un propos "off" de l'invité Olivier Zablocki, timonnier de radiophare.net et étendard durant la marée noire de l'Erika d'une "initiative d'information civile" grâce à tout un tas de guetteurs de différents genres (sur le littoral, dans les documentations, dans la réflexion, dans la recherche de l'information), un mot "off" de zablocki, je le répète, donc, pour exprimer sa difficulté à utiliser les mots pour expliquer quelque chose, tant ceux-ci sont désormais hypothéqués par le marketing et la communication, tant vite on glisse vers la caricature ou le malentendu, plombé de trop de connotations.

C'est donc en faisant cette mimique aujourd'hui usuelle chez les gens qui expliquent quelque chose à l'image, laquelle ressemble au V de la victoire mais avec les deux mains ensemble, et les doigt au lieu de triompher qui semblent gratter on ne sait quoi, que je livrerai en un mot improbable mon impression de ces rencontres pleines d'ouverture et de solidarité : de résistance même, p't-êt'...

Bon, je résume: ARN/X-00 c'est bien, et je suis ben content d'être allé.

Main'nant, on fait comme d'hab', hein ! Si j'ai pas tout compris,
vous m'expliquerez le reste, les gars...hein!? Pour tout ça je vous mets pas les URL, hein! Vous avez qu'à repasser par ARN, ça leur fera des hits en plus .

PG