EDITH L'HARIDON à Quimper, dans sa maison, et c'est fini pour l'instant.

c'est un curieux travail qui se donne d'emblée dans une retenue de moyens : Encre noire dans différents états de dilution ; un peu de rouge ; Blanc du support, un fin tissu de coton.

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(" Un bon peintre n'a besoin que de trois couleurs : noir, blanc, rouge. " quid?)

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Jamais de remplissage mais une densité des surfaces occupées avec "la technique du point", c'est à dire des millions de petits points, touches de plume. les lignes sont souvent aussi en pointillé. ça fait penser à de l'écriture, un peu comme on pourrait dessiner un journal et vouloir représenter les écritures sans les écrire, tous ces points écrivent d'abord un temps qui est à l'opposé de l'héroïsme gestuel (pourtant elle dit "mettre en place une figure en quelques secondes, pour avoir une fraîcheur"et ne pas faire de "dessins préparatoires")
Elle semble s'excuser de l'apparence obsessionnelle de cette manière de travailler, mais c'est sans doute une politesse : rien ici du pesant de l'obsession, plutôt une discipline qui se voit, assumée.
L'ensemble évolue donc dans une gamme de gris et gris-rouges peu saturée, assez discrète, basse lumière, un peu comme usée, et, bien qu'il n'y ait aucune ressemblance entre les deux oeuvres, un peu comme cette qualité particulière, un peu pauvre à première vue, d'oeuvres de Zoran Music, parce qu'à seconde vue, il se rattrape.
Il s'agit plutôt d'un choix délibéré d'échapper à une problématique du saute-à-l'oeil et si celui-ci a besoin de quelques minutes pour se mettre au diapason de la finesse c'est bien le moins qu'il puisse faire s'il prétend regarder.
Tout cela est très bien modélisé dans les articles militants sur Ad Reinhardt par exemple.
(en plus elle est contre les mauvaises photos de travaux sur internet ;-)

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Les déclinaisons de ces moyens frugaux sont riches et généreuses.
Des figures, de petits personnages, parfois grands même, y vivent une vie intéressantes, faussement répétitive sous forme de patterns à variations.
dans ces oeuvres complexes et simples l'on rebondit de références en références avec légèreté, comme sur ce qu'on appelle les "pas japonais" dans les jardins, des pierres pour marcher pour ne pas user le gazon de l' inspiration.
Telles silhouettes de personnages rappellent ces illustrations de livres d'art montrant des vestiges de fresques, ou même de tracés à la poupée, ramènent aux poncifs, au patrons de couturières avec leurs gros points, voir aux poupées de chiffon, car les formes sont souvent traitées à plat, pas de volume, des successions de plans... Ce sont d'ailleurs des petits personnages un peu comme au début de la renaissance (la petite bastonnade du Musée de Niort), ou sur les poteries grecques, souvent qui entretiennent un mystérieux commerce dont on ne sait s'il est érotique, violent, les deux ?
Il y a de la broderie ("tout le monde brode dans ma famille...même les hommes"), elle intègre des broderies sur tissu, ou alors sur polyane agricole, ou même, elle les encre, pour les estamper sur le tissu, toute une "cuisine" quotidienne d'atelier...
Tout cela c'est du dessin, qui l'intéresse beaucoup et depuis longtemps, ça se voit, elle a une pratique de la calligraphie et un intérêt marqué pour le Japon où elle est même allée étudier. On ne s'étonne pas alors du choix de la concision, de cette "frugalité" souvent délibérée mais aussi acquise que Nicolas Bouvier attribue à la culture japonaise ("chroniques japonaises", le titre, je crois); je laisse à ceux qui s'y sont rendus le soin de préciser, vers laquelle beaucoup d'artistes ont louché depuis 2 siècles comme une bande de vieillards devant une Suzanne .
Pas de malentendu : on ne voit nulle part de ce respect culcul et proto-intégriste pour un retour-aux-bonnes-vieilles-valeurs, etc, je souligne pour tondre la pelouse sous les pieds de la bonne conscience intellectuelle et progressiste qui chercherait un réac à dénoncer comme si ça tenait lieu de création, non, non...
Juste une attitude comme détachée...
...et peut-être, si le terme n'avait pas été essoré à mort par les commentateurs, quelque chose de post-moderne, qui me semble résonner avec les tentatives de certains musiciens dans les dernières années...sériel, faux sériel, du vrai-faux décoratif comme structure répétitive, modestie intellectuelle, scansion, plénitude, en tout cas temporalité lente à l'opposé de l'éjaculation gestuelle ou espressive du coup .

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tout cela fait une oeuvre très intéressante à laquelle j'attribuerai, outre son mouvement naturel et premier qui est de produire des oeuvres intéressantes à regarder pour qui veut les VOIR !!!!, et c'est surtout cela qui importe, les intentions suivantes et parallèles au chapitre de la question "que peut et que doit être une oeuvre d'art aujourd'hui":

Liquider ce qui serait de l'ordre d'une écriture d'apparence contemporaine, qui permettrai d'identifier au premier coup d'oeil une oeuvre "de-la-fin-du-XXe-siècle" ; au profit d'une écriture, allez, disons : "a-temporelle" qui est un moyen convaincant de ramasser quelques milliers d'années d'histoire de l'art et autres tripotages créatifs mineurs .
D'inscrire ses actes dans la conscience égale d'une continuité, pour un art à la quotidienneté possible, à la mesure de l'expérience humaine, puisque c'est d'abord le souci d'un artiste, j'imagine, et pourquoi pas durable, en plus ?
Questionner les racines de l'art passant par les siennes propres aussi bien entendu ; redonner son importance au contenu par opposition à la forme .
Une écriture qui ne produit pas comme référent majeur la marque du système qui l'exhibe, mais rapporte cette marque aux dimensions de la personne qui la produit, c'est rafraîchissant .

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Modestie du lieu d'expo, un peu comme "au désert" en un sens :
son habitation, le plus simple et le plus autonome, une certaine nudité.
Bien réglé en plus, simple et parfait pour voir.
Modestie de la communication, simplement amplifiée par les quotidiens locaux qui l'ont choisi ("le télégramme" en l'occurrence)
un ensemble débarrassé de tout le fatras de communication que trimballe le milieu de l'art, offrant les verges sur un plateau pour se faire fouetter. Un art appropriable par le spectateur qui se sent libre face à lui. Bonne leçon de quelque chose comme ça.
C'est là . A chacun de voir .
Rien n'est à vendre.
C'est beaucoup plus simple quand ce sont les artistes qui s'occupent d'art.

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Ceci n'engage en rien Edith L'haridon : ce ne sont que des commentaires... Bon, on fait comme d'hab', si j'ai pas tout compris, vous m'expliquerez le reste...

Quelqu'un, quelque part, attendant l'an 2000