Exposition Benoît Andro du 6 octobre au 18 Novembre 00 | Galerie Artem 16 rue Ste Catherine 29000 Quimper

Benoît Andro serait-il de ceux qui comme la végétation battue par les tempêtes d’Ouest de ce plat pays bigouden qui n’est pas le mien doivent parfois à force du vent faire quelque concession à la verticale mais s'agrippent à leurs racines et continuent de pousser en diagonale et en regardant passer les grand trains de cumulonimbus envoyés en recommandé direct de l'Atlantique Nord ?
Plus simplement parce que ma femme me dit toujours que je suis un peu compliqué, Benoît Andro dont on s'aperçoit qu'il porte les mêmes initiales que Beaux-Arts et c'est peut-être un signe persiste et resigne dans la production de tableaux et même l'emploi têtu de la pinture alluile. °°

vue de l'exposition
instantané du vernissage à la Galerie Artem, Quimper.

Aussi trouve-t-on un intérêt double à découvrir son exposition, le moindre des deux n'étant pas de voir COMMENT il peut bien faire et comment il peut alimenter de réflexion nouvelle cette pratique devenue un temps presque aussi mal vue 1 que celle des peones que LeviStrauss surprit un jour cachés des blancs dans une cabane en train de manger en commun de répugnants vers de la même couleur en apéritif, l'autre reposant sur l'intérêt plus simple de découvrir un propos .
Le moins qu'on puisse dire est qu'il ne se noie pas dans le chichi glaciteux au Baume de Térébenthine de Venise : il l'utilise la pinture alluile de manière très simple, plate, dont on ne voit guère la différence avec la crylique, juste un medium utilisé avec neutralité au service d'un propos, comme on le voit souvent dans les galeries parisiennes . Pas de démonstration du procès pictural ; pas d'abîme de transparences ; pas de sublime.
La ligne et l'à-plat, langage de tous temps dévolu au mineur, à l'image, commerciale, profane, décorative, par opposition au registre profond, religieux ou académique, enjeu d'un pouvoir culturel, lui suffisent pour convoquer dans l'espace de la toile standard un flux de formes variées: discontinuité de motifs, tenus par une couleur souvent saturée, en contrastes chromatiques forts. Manière de construire.
ça va de personnages à des morceaux d'architecture ouvrant des espaces, en passant par des inscriptions publicitaires, des reproductions d’images dont on ne sait plus trop où on les a vues mais on y croit, ...et toutes sortes d'autres éléments encore semblant induits par et/ou trouvés dans l'exercice meume de la Pinture; d'avenantes "espèces de quelque chose" positives, celles de la Pinture tout simplement, comme il était FORT JUSTEMENT décalcomanié sur les cimaises de Beaubourg dans l'exposition Philip Guston 2.

vue de l'exposition

ça peut faire penser au pop art français, (télémaque, fromanger, erro parfois), un peu aussi à des travaux récent de Rosenquist qui utilise dans une logique de collage des éléments extraits non seulement de magazines mais aussi d’emballages de nourriture ; et où veut en venir BA avec ce revival? Les années 7O sont à la mode, mais surtout auprès de ceux qui sont trop jeunes pour les avoir vécues. Comme disait l'Agent Mulder “ je veux bien revenir à tout ce que vous voulez, du moment qu’on m’oblige pas à remettre des patalons patte d’éléphant”
Ben, c'est l'espace qui est différent. Tous ces éléments ne produisent pas seulement une surface d'exposition de signes, mais des sorte de blocs d'où les données émergent ou retournent, comme pris par une sorte de mouvement d'oscillation centrifuge-centripète .

Une sorte de mouvement-de-générique-des-guignols-de-l'info, mais virtuel. Là a toujours été l'affaire de la Pinture qui du temps réel du mouvement propose la représentation fixe d'un temps virtuel et non un instantané. Et toc! ça c'est de la Culcure, coco ! ;-)

Main’nant qu' les échelles sont interdites aux peintres (en bâtiment, c'est vrai) et que la lettre peinte sur les devantures du petit commerce du Bon Vieux Temps est remplacée par des autocollants découpés à l’ordinateur, on regarde cette forme quand elle a fait l’objet d’un dessin à la main humaine comme ‘de la Pinture’. Ce qui désamorce le message; même si les espaces peints par BA sont squattés comme tout le reste par des messages publicitaires, gentiment décalés d’ailleurs, ceux-ci, d’être peints ‘à nouveau’ et sans utilité, deviennent de la pinture aussi.
Et puis, c’est une représentation : ça frappe qu’il y ait des publicités dans un tableau, mais il n’y en a tout de même pas autant qu’à n'importe quel endroit de la ville où d'aucuns sont probablement occupés au projet de nous en mettre des injonctions jusque sur le papier cul . Le pilonnage est moins violent. Il s’agit juste qu’on en ait conscience, je suppose... On goûte alors les différences d’avec un traitement mécanique: écarts un peu improvisés, perspective appliquée avec décontraction ou insouciance - comme on goûterait ces différences alors pittoresque dans une région sous-développée (comme les gens qui aiment l’irlande “parce que ça a l'air de chez nous y a 50 ans”) ou comme d'aucuns, de pintres, relisent tout le registre de l'image manuelle du côté de l'enluminure médiévale, persane ou indienne, pour son irrégularité meume.

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Dans la série de dessins exposés, 33 comme quand on va chez le docteur et qu’on dit 33, comme l’âge du Christ quand on l’a scotché sur sa croix, la ligne seule développe les formes, une ligne qui a oublié les tremblottements sensoriels et les accumulations expressionnistes et s’applique à définir fermement des volumes, presque sans style, ou alors dans un que les plus jeunes et mieux nourris d’audiovisuel associent aux “premiers dessins animés” (on traduira par: l’époque ou les dessin animés tenait autant du dessin que de l’animation3 : aujourd’hui tout le monde sait cela on dessine une forme de départ, une forme d’arrivée, et de puissants calculateurs électroniques réalisent dans l'enthousiasme tout le boulot intermédiaire, sans se plaindre, eux, de travailler de nuit et de n’être pas payé. Non mais ! Faut bien un peu de militantisme, dans l'art, ou alors c'est pas la peine.
Les formes sont souvent des personnages, des éléments d’environnement qui renvoient à une conception du monde telle qu’elle s’exprime dans les illustrations scolaires, ou celles du dictionnaire, ou encore dans l’univers Playmobil. Les dessins ont le lissage, l’absence d’accident ou de contingence, d’une conception avant tout. Ils se présentent sous une certaine autorité, tendent vers l’épure. Ce qui donnerait raison à Léonard (pas Cohen, de Vinci, nonobstant le revival 70') quand il énonce que le dessin est une chose mentale.
Cet univers s'objectivant est phagocyté, dans une même esthétique homogène, par une tendance opposée, celle des cadeaux en plastique que l’on trouvait dans les années 7O seulement dans la lessive Bonnux, qui montent qui montent depuis les 80's à l’assaut de tous les produits, et colonisent les paquets de céréales et la table du petit déjeuner familial, tous ces petits personnages et monstres en plastiques de petite taille, tout cet univers fantastico-débile et prioritairement affectif qui semble étrangement"doubler" la représentation du réel, en tout cas l’habiter de l’intérieur comme un Philidor doublé d’enfant.
Ce qui ne peut que “donner à penser” selon une formule de l’artiste, sur cet étrange mélange d’un univers mental scolaire et d'une monstruosité ordinaire, issue non d'une philosophie quelconque qui au moins serait discutable, mais du ciblage d'un discours soumis aux lois du marketing, d'une technique de vente.

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Moi je me disais comme ça en passant la tondeuse le samedi après-midi sur les 40 mètres carrés de gazon de mon pavillon de lotissement ordinaire, dont le crédit sur trente ans m’a livré pieds et poings liés à mon employeur, ça me fait penser aux parasites marins, voici notre séquence "merveilles de la Nature", qui introduisent discrètement dans leur hôte, par exemple une banale araignée de mer, c'est si bon avec du pain et du vin blanc, une petite excroissance d’eux-mêmes, oh, toute petite, très peu de chose, qui va se développer à l’intérieur et largement centupler de taille au fur et à mesure de la colonisation. Ou à ces coquillages perceurs qui disposent d’une petite poche d’acide qui leur sert à trouer par exemple une moule, tiens, quand on parle de pain et de vin blanc, c’est bon avec aussi, mais dans la région de bordeaux on en mange aussi avec du rouge, je crois, c’est pour ça qu’on en trouve avec un petit trou rond dans la coquille, par lequel ils font passer leur estomac de petite taille criant grosse famine dans l’appartement de leur victime pour l’y dévorer tranquillement sans avoir à se déplacer. Admirable, non? De quoi donner des leçons aux experts de la Logistique en matière d’économies de personnel et de flux tendus.
Ainsi se déploie dans un style cours moyen une vision du réel parasitée par des êtres monstrueux, froids et lisses même quand ils ont l’air amicaux dont on ne pourrait dire s’ils sont bien disposés, dont on ne pourrait dire s’il nous promettent un monde de régression générale où on ira tous en stage de thérapie-école-maternelle vagir et pleurnicher une semaine avec nos gros culs dans des pampers comme ça se fait, dit-on, aux Amériques . Le tout bien lisse, bien propre. Un monde playmobil regardé UN PEU TROP LONGTEMPS et gagné par une étrangeté plus qu’ inquiétante .

vue de l'exposition
instantané du vernissage à la Galerie Artem, Quimper.

Ainsi deux jeunes femmes occupées à regarder une TV munie comme presque toutes les sculptures durant une brève période voici quelques années de roulettes ont en main l'indispensable commande d'action à distance, progrès notoire de l'humanité, mais n'ont plus d'yeux ; du coup elles sont rigoureusement identiques et c'est p'têt' pour ça qu'elles ne peuvent pas se voir en Pinture, eueuh! non! en dessin .

vue de l'exposition
instantané du vernissage à la Galerie Artem, Quimper.

Ainsi une créature exotique sortie du Gaughin Super Travel World Tour privée de ses Atuas démodés est flanquée d'une idole régressive à tête de chien qui n'a rien à voir avec l'égypte en chienne dont la stupidité n'est peut-être qu'apparente et pourvue du nécessaire "equipment" comme disent pudiquement nos cousins grands breutons ; on se demande à quoi sera réduite leur progéniture si l'envie leur prend d'en susciter.On choisit pas sa famille mais heureusement on choisit ses amis.

Etceteri, etcetera. Glaçante impression, d'une conscience qui s'interroge, où je trouve que BA atteint une belle précision. On n'est pas dans la laideur appliquée ou militante de Kenny Scharf ou de Di Rosa première manière, occupés à gravir les Annapurna du kitsch, ce qui serait déjà un passe-temps recommandable ; BA ne se situe pas je crois dans le double, la paraphrase ou la surenchère de ce que beaucoup appellent la déréalisation; il la donne à voir, il la dialectise, discussion non close et même en pleine expansion dont il tire l'énergie de cette série. On ne sait pas qui va gagner, ou s'il y aura synthèse.
Les peintures dans un langage plus riche mais mesuré, me semblent reposer le même sens . Le traitement différencié des éléments joue le jeu d’une tension, non spectaculaire, non dramatique, mais tension tout de même entre des finalités ou même des définitions divergentes (l’imagerie, le motif, le décoratif, le citatif, le faux-faux vrai...).Cette tension peut prendre l’air de l’ironie. La plupart du avec une forme de discrétion, qui est peut-être un genre de sérieux à la fois et de modestie ou encore de dandysme.
BA, finalement, dépeint un paysage très réaliste. Le corps, le premier plan, y serait le refuge d’une conscience harcelée par une discontinuité qui confine à l’arbitraire, à l’absurde, puisqu’elle repose sur des critères où l’on est bien en peine de trouver un fil conducteur. Et quand il met une référence artistique au milieu, qui fait penser au Colisée mais je suis pas sûr car je suis jamais été là-bas, à laquelle, dans notre quête anxieuse de vraies valeurs, n’est-ce pas? on pourrait se raccrocher, eh ben non, elle est traitée couleur yoghourt à l'extrait de fruits sans morceaux, dans un dessin que ne renieraient pas le plus inepte des adoucissants illustrateurs pour emballage de serviettes périodiques4.

Lequel dessin, d’ailleurs, ne parvenant même plus à suivre durablement le contour d’une statue équestre, s'en va se perdre un moment dans l'arrière plan en d'abstraites arabesques, avant de revenir à son devoir, pris de repentir.

Il y a p'têt' tentation d'évoquer une certaine forme de régression ou de confusion mentale, qui contraste avec ce dessin clarifiant : régression dans les ambitions, la posture de l’artisse, son statut ou sa statue, ce que faisait déjà Pierrick Sorin à peu près à l’époque où la France inventait le consceptre de ‘nouveaux pauvres’ dans une vidéo hilarante où il se prenait des livres su' l'coin d’la tronche, ce que faisait un peu plus tard Hippolyte Girardot dans la bande annonce d’un film que je n’ai pas vu où il disait “mais foutez-nous la paix! On est des nuls de toute façon! On fera jamais rien...” et ce que semblent rechercher pas mal d'artistes aujourd'hui. Donner forme à une angoisse, une forme de désespérance...une perte de sens.
Sauf que chez BA c’est, me dis-je, un argument. Pas un effet secondaire

vue de l'exposition
instantané du vernissage à la Galerie Artem, Quimper.

Ainsi cette peinture comme d’après collage qui hésite entre nouvelle figuration et exercices scolaires. Attation j'me lance : La Princesse Monokoné est p’têt à rapprocher, comme ironique Modèle du Pintre, flanqué de ses ironiques itou z’Outils du Pintre version gondole de supermarché, et encore d'allusions à sa Fonction sous forme de signalisation routière signifiant de la mise en garde, le tout dans un traitement bien plat qui réalise l’ambition picturale du débutant absolu, à rapprocher là-dis-je-donc des “attributs de la Pinture” (ou du Pintre, je sais plus) par Jean Baptiste Siméon Chardin . Il faisait bien les singes, Lui. S'il fit les singes on a bien le droit de peindre des huskys, modèle de sauvagerie et d'une nature bienveillante et surtout hygiénique, pour une époque plus naïve à ce sujet qu’une autre où il peignit aussi des chats et des raies et des cruches et des pipes (en porcelaine), projet aujourd'hui "totalement dépassé" selon b.fx qui se consacre lui avec brio à l'exploration joyeuse de la création d'images en 3D5, ce qui explique sa position.

Quant aux eskimos, ce qu'ils en pensaient avant de se mettre à l'alcool et à la motoneige , c'était qu'un chien de traîneau c'est joli, mais qu'ils ont surtout tendance à mordre la main qui les nourrit, ou même à bouffer tout cru leur bon maître si celui-ci oubliait une seconde de s'en méfier comme de la peste, dixit Jean Malaurie. Pour les chats et les raies, ils n'ont pas laissé d'instructions6.

Quant à la Princesse, le seul truc qui me turlupine c'est de savoir si BA s'inspire d'un point-de-départ ou d'un point-d'arrivée d'un plan de dessin animé, alors sûrement conçu par un Main Humaine, ou s'il a recopié une image extraite des séquences calculées par un robotique calculateur, image sous-traitée où jamais alors la main de l'homme n'aurait mis le pied. Est-ce que ce serait-il encore de l'Art?

Ben ç'est ça l'époque du virtuel.
Bon, je résume, pour ma femme et pour les autres qui aiment bien le film mais qui ont pas envie de rester au débat, et je peux même pas dire que c'est eux qui sont bêtes, pasque j'ai pas fait l'université mais seulement du bozard, et ce n'est tout de même pas la même chose, dit-on,
Cette représentation de ce qui a lieu tous les jours dans l’espace de négociation entre le réel visible et la conscience me semble tout-à-fait l'objet de l'art.

Dans cette perspective ces tableaux me paraissent tout-à-fait réalistes.

Et tout-à-fait de la Pinture. Bon, après c'est toujours pareil, hein, je comprends jamais Toutou seul, alors les ceusses qu'ils sont pas contents, y z'ont qu'à m'espliquer le reste.
Quelqu'Un, Quelque Part.

Notes :

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1) Par exemple, voir article de J.L.Chalumeau sur Visuelimage.com

2) Phillip Guston : "...Puis vient un moment où quelque chose "prend" sur la toile, quelque chose tient à la surface. Je ne sais pas à quel moment ça se produit. On met simplement de la peinture sur une surface : la plupart du temps, ça ressemble tout bonnement à de la peinture, et qui ça peut bien amuser de mettre de la peinture sur une surface? On en enlève, on en remet, on en remet là, on en rajoute sur trente centimètres. Puis on se rapproche de la surface, on commence à ne plus se déplacer que de quelques centimètres, puis de quelques millimètres. Et, tout à coup, vient l'instant où la peinture ne ressemble plus à de la peinture, je ne sais pas pourquoi: il se passe quelque chose de mystérieux..." catalogue de l'exposition, Beaubourg, jusqu'au 4 Déc 00<.

3) Achetez les soutien-gorges Walt Disney vous aurez des seins animés :-)

4) Bien entendu ceci n'est pas une méchanceté mais une tentative imagée de raconter de quels éléments extraits du réel BA me paraît se servir. C'est le réel qui a commencé. C'est pas de la faute à BA.